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Tarification des soins Amo : après les spécialistes, les généralistes montent au créneau

30 octobre 2010

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En plus de la revalorisation des tarifs, les généralistes veulent bénéficier d’une couverture médicale et d’un régime de retraite. Ils s’opposent à ce que les pharmaciens puissent avoir le droit de substitution dans la prescription de médicaments. Selon leur syndicat, les médecins généralistes souffrent d’une baisse d’activité accrue en raison de la concurrence des spécialistes.

Après les spécialistes qui sont allés jusqu’à se déconventionner de l’assurance maladie obligatoire (Amo) pour cause de tarifs des consultations trop bas, c’est maintenant aux généralistes de hausser le ton, pendant que le ministère de la santé est toujours en pourparlers avec les organismes gestionnaires de l’Amo pour la révision de la «tarification nationale de référence». Le syndicat national de médecine généraliste (SNMG) dénonce en fait «l’arrêt inexpliqué» des négociations qu’il avait entamées, depuis le début de l’année 2010, avec l’agence nationale de l’assurance maladie obligatoire (Anam) à propos desdits tarifs. «Celle-ci, souligne Rachid Choukri, président du SNMG, a remis, sans pour autant aviser les généralistes, le dossier de ses propositions au ministère de la santé à l’expiration du délai réglementaire fixé par la loi pour les négociations. Aujourd’hui, le syndicat réclame la reprise des négociations. D’autant plus que «l’arbitrage du ministère de la santé n’est toujours pas tombé !», explique M.Choukri. La reprise des négociations permettrait, selon le syndicat, d’avoir une réponse à ses propositions, faites par écrit à l’Anam qui sont à ce jour restées sans réponse. Cependant, le syndicat souligne son refus de renouveler la convention tarifaire si deux revendications ne sont pas prises en compte : «La mise en place d’un circuit coordonné de soins entre le médecin généraliste et le médecin de famille, d’une part, et, d’autre part, la mise en place d’une couverture maladie et d’un régime de retraite pour les généralistes», précise Rachid Choukri. En plus de ces points et de la revalorisation des tarifs, cœur du dossier, les suggestions faites à l’Anam portent sur l’implication du généraliste dans les grands programmes de santé du pays et la participation au Ramed. 150 DH par consultation en cabinet et 250 DH à domicile, en journée Concernant la revalorisation des tarifs, le syndicat des généralistes maintient sa proposition de porter le prix de la consultation en cabinet de 80 à 150 DH. Il est à noter que le tarif actuel, 80 DH, fixé par la convention n’est pas respecté par beaucoup de médecins qui facturent la consultation entre 120 et 150 DH. Pour les consultations à domicile, le syndicat propose un tarif de 250 DH le jour, 300 DH pour une consultation de nuit faite avant minuit. Entre minuit et six heures du matin, le patient devra payer 350 DH. Pour le circuit des soins, l’obligatoire passage par un généraliste est requise. «Les retombées économiques de cette mesure sont importantes car aujourd’hui, et depuis la mise en œuvre de l’Amo, on constate un abus des consultations effectuées chez les spécialistes» , déplore le président du SNMG. «D’après les conclusions d’une récente étude, poursuit-il, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a remboursé, en un an, 300 000 consultations chez les spécialistes contre 100 000 chez les généralistes. Les chiffres révèlent également que 83 000 consultations ont été effectuées chez des cardiologues. Ce qui constitue, selon le Dr Choukri, un abus notoire car dans la majorité des cas le malade peut être traité par un généraliste». Le syndicat propose, pour limiter ces abus et, par là même, maîtriser les dépenses de l’Amo, le suivi de certaines pathologies lourdes par des généralistes. «le patient souffrant de diabète ou d’hypertension devrait consulter une fois par an un spécialiste et le reste du temps il serait suivi par un généraliste», suggère le président du syndicat. La réorganisation du circuit des soins allégera également les dépenses de remboursements effectués par les organismes gestionnaires et permettra aux cabinets de généralistes de mieux tourner. Aujourd’hui, sur les 4 000 généralistes en exercice au Maroc, un grand nombre est en crise. Le syndicat avance que  le cabinet qui marche le mieux reçoit une dizaine de patients par jour. «Le chiffre d’affaires moyen réalisé mensuellement se situe entre 6 000 et 40 000 dirhams dont il faut déduire les charges de fonctionnement» , indique le syndicat. Et ce n’est pas seulement les consultations supposées abusives chez les spécialistes qui gênent les généralistes. Le syndicat pointe du doigt les pharmaciens qui encouragent l’automédication. De ce fait, il s’oppose au droit de substitution qui constitue une véritable catastrophe s’il était accordé aux pharmaciens. Pour faire entendre leur voix, les généralistes ont demandé une entrevue avec le secrétariat général du ministère de la santé. Pour l’heure, aucune suite n’a été donnée à leur demande. En attendant, le syndicat prend son mal en patience parce qu’il ne peut même pas envisager un déconventionnement de l’Amo. En effet, le nombre de médecins conventionnés n’est pas suffisamment élevé pour que le SNMG puisse faire usage de ce moyen de pression.

Aziza Belouas

La Vie Économique

Publié le : 18/10/2010